Le témoignage de Jean-Baptiste, adhérent Agnel

Nous avons reçu le témoignage d’un de nos adhérents. Il a souhaité nous faire part de ce que l’agnel lui a apporté. Avec son accord, nous le publions :

Depuis quelques années, je suis de plus en plus sensible au discours des personnes qui parlent d’emprunter des voies alternatives. De changer l’ordre établi. De s’opposer au monopole des grands groupes qui détruisent la planète et exploitent les populations les plus fragiles, en France comme ailleurs. De favoriser les circuits courts, l’artisanat local et l’agriculture biologique et paysanne. De réduire nos déchets et notre consommation en ressources fossiles.

Il y a un an et demi, quand j’ai fini mes études et commencé à toucher un salaire, j’ai compris que la manière dont je dépensais mon argent ne correspondait pas à mes principes. Rapidement, j’ai jeté la carte de fidélité de la grande surface à côté de chez moi. C’était pour moi comme un hameçon dans mon portefeuille. J’ai commencé à chercher des circuits d’approvisionnement alternatifs pour trouver des moyens de consommer en accord avec mes valeurs. En entrant dans un magasin bio et local, je suis tombé sur un prospectus de l’agnel, la monnaie locale de Rouen. Cette découverte a été le début d’une très belle aventure qui continue encore aujourd’hui.

J’ai commencé à utiliser l’agnel dès son lancement, en novembre 2015. Curieux et enthousiaste, je suis allé réaliser un projet que j’avais depuis longtemps : me faire tatouer. Et j’ai payé mon tatouage avec des agnels. Quelques jours plus tard, j’avais besoin d’imprimer beaucoup de documents. J’ai trouvé un commerce partenaire de l’agnel et je suis allé chez lui. C’est là que j’ai réalisé que l’agnel est une alternative concrète et qu’il est possible et facile d’en faire partie. Ces deux commerçants étaient particulièrement sympathiques et, quand nous avons discuté de l’agnel, j’ai compris que je partage avec eux des valeurs qui me sont chères.

Les choses se sont faites petit à petit et cela m’a pris un peu de temps de m’adapter mais je vais maintenant régulièrement dans des commerces utilisant l’agnel. Et ils sont nombreux : mes magasins bio préférés, ma librairie préférée, le caviste à côté de chez moi, le bar où j’ai l’habitude de sortir avec des copains, le bar associatif où j’adore aller voir des concerts, certains restaurants, l’atelier où je répare mon vélo, des magasins de vêtements responsables, une boutique solidaire où je peux trouver de l’artisanat et des produits du monde.

Bien sûr, je vais aussi dans des magasins qui n’acceptent pas l’agnel, mais faire cette démarche m’a apporté beaucoup plus que ce à quoi je m’attendais. Souvent, quand les commerçants me voient sortir mes agnels, une conversation s’engage à ce sujet. La discussion tourne autour de ce que chacun entreprends à son échelle pour changer les choses et c’est toujours très enrichissant. Si parfois on refait simplement le monde, dans d’autres cas la discussion est beaucoup plus concrète. Par exemple, un commerçant va m’indiquer la date d’un événement sur le zéro déchet, ou me donner des conseils pour mon potager sur mon balcon.

Ce que j’aime le plus avec l’agnel, c’est que cela m’ouvre la porte de nombreux commerces que j’aurais eu du mal à découvrir autrement. Des petits restaurants, des producteurs locaux, des magasins ayant une démarche raisonnée, fonctionnant à petite échelle et faisant la promotion de l’économie solidaire et sociale. Avec cette monnaie, j’ai découvert des commerçants avec qui j’ai maintenant une vraie relation de confiance.

Maintenant pour moi, dépenser mes agnels est devenu synonyme de militantisme. Il y a une métaphore que j’aime beaucoup, surtout en cette période électorale : un billet c’est un bulletin de vote. Quand on donne un billet à un commerçant, on vote pour lui, pour ses projets et pour sa manière de voire le monde. Quand je donne un agnel à un commerçant, c’est ma manière de lui dire : je te soutiens dans la démarche que tu mènes pour protéger l’environnement et l’emploi. Progressivement, j’ai arrêté d’aller dans les supermarchés. Je ne voulais plus leur donner mon argent, car cela signifiait leur apporter mon soutien.

Je pense que je vais maintenant au maximum une fois par mois (contre plus d’une fois par semaine avant) dans les grandes surfaces et c’est pour y acheter des produits que je ne peux pas trouver ailleurs (produits d’hygiène principalement). La facture s’élève rarement à plus de 20 € et elle continue de diminuer. Avec ce changement de mode de consommation, c’est mon mode de vie tout entier qui a évolué. Je m’alimente maintenant beaucoup plus sainement qu’avant, je me suis naturellement mis au zéro déchet et surtout, je consomme moins. Sans m’en rendre compte, je suis entré dans une dynamique de déconsommation. Les commerces partenaires de l’agnel ne poussent pas le consommateur à acheter tout et n’importe quoi. Je n’achète que ce dont j’ai besoin car plus personne ne m’incite à acheter des choses inutiles. Ces changements ont eu un impact sur ma mentalité en m’incitant à essayer d’autres canaux d’approvisionnement. Deux exemples pour illustrer cela :

* J’ai aussi décidé à noël dernier de jouer le jeu en privilégiant les cadeaux venant de boutique où je peux acheter en agnels. Ça n’a pas été systématique mais c’était l’un des critères sur lesquels je me suis basé pour choisir mes cadeaux. Et quand je ne pouvais pas acheter en agnels, j’ai fait le choix d’éviter la grande distribution ou les plateformes de vente en ligne (ce qui est maintenant devenu une habitude).

* Il y a quelques mois, jamais je n’aurais imaginé aller dans une boutique de vêtements de seconde main pour m’habiller. Et pourtant hier j’ai acheté avec des agnels un magnifique Levi’s 501 bien vintage comme je les aime. Je pense que pour beaucoup de gens ce n’est même pas imaginable.

L’agnel m’a permis de comprendre que la monnaie peut et doit être un bien public, dont la gouvernance est partagée par les citoyens au niveau local et non par des bureaucrates et politiciens dans des instances lointaines. N’importe qui voulant s’investir dans l’agnel peut venir contribuer au projet et faire avancer concrètement la souveraineté monétaire locale, à l’inverse de l’euro dont la gestion est centralisée et ne correspond qu’à une logique financière déconnectée des problématiques des populations à petite échelle – celle qui importe dans la vie des citoyens.

Je termine en ajoutant que l’une des vertus de l’agnel est qu’il crée du lien. Des événements sont organisés pour rassembler les gens autour du thème de la monnaie. Quand j’utilise mes agnels, je vais dans des commerces où il est possible de discuter avec les personnes autour de moi. Les commerçants faisant partie du réseau sont toujours sympathiques et accueillants et toute l’équipe qui gère l’agnel est particulièrement chaleureuse et à l’écoute.

 

Si toi aussi tu aimerais partager ton expérience de la monnaie locale, n’hésite pas ! Via Mail ou via Facebook, nous te répondrons !
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